Gel des tarifs de l’électricité et du gaz : il faudra compenser

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Contestée par le patron d’EDF et par la plupart des fournisseurs alternatifs d’électricité qui y voient une entrave à la concurrence, la décision de geler la hausse des tarifs réglementés du gaz et de l’électricité pourrait bien être retoquée par le Conseil d’État.

« Il faudra payer » : la mise au point du patron d’EDF

Pour tenter de persuader les gilets jaunes de quitter leurs ronds-points, Édouard Philippe avait annoncé début décembre le gel de la hausse des tarifs du gaz et de l’électricité prévue début janvier. Cette hausse devait correspondre à une augmentation de 3% du prix du kWh et aurait directement concernée plus de 26,5 millions de foyers qui payent leur électricité au tarif réglementé.

Largement accueilli comme une bonne nouvelle par une majorité de Français, le gel des prix de l’électricité ne fait pourtant pas que des heureux. Un brin rabat-joie, le patron d’EDF rappelait récemment qu’il faudra bien passer à la caisse un jour ou l’autre. « Le coût de l’électricité devra être traduit dans les factures des Français », lâche-t-il sans détour. En effet, si le prix du kWh vendu aux particuliers est gelé en janvier, le prix de vente au gros, lui, va continuer de suivre les fluctuations à la hausse du marché, entraînant automatiquement un manque à gagner pour les acteurs du marché.

Et pour une fois, le patron d’EDF s’est trouvé des alliés de circonstance chez ses concurrents du secteur de l’énergie. En colère contre le gouvernement, certains fournisseurs alternatifs d’électricité menacent l’État de déposer un recours devant le Conseil d’État pour le forcer à maintenir les hausses prévues. Cette levée de bouclier était à prévoir. Les tarifs de l’ensemble de la filière, même ceux des offres dites « à prix de marché » sont en effet directement indexés sur les tarifs réglementés. 3% de hausse annulée, c’est donc du chiffre d’affaire en moins pour tout le monde.

Le gel des prix, une entrave à la concurrence ?

Depuis l’ouverture du secteur de l’énergie, les fournisseurs alternatifs reprochent à l’État sa mainmise sur les prix du kWh. En décidant arbitrairement des prix une à deux fois par an, les pouvoirs publics fausseraient la concurrence en privilégiant les opérateurs historiques qui ont la double casquette producteur/fournisseur.

Lorsque les prix de l’électricité sont maintenus artificiellement bas au lieu de suivre les fluctuations du marché, les fournisseurs alternatifs qui achètent eux l’électricité à prix de marché ne peuvent pas suivre et perdent leur avantage sur les opérateurs historiques.

Si les fournisseurs alternatifs mettent leur menace à exécution, la décision de geler ou non la hausse des tarifs réglementés en janvier sera entre les mains du Conseil d’État. En cas d’annulation, ce qui est fort probable, le premier ministre devra trouver une autre façon de calmer la grogne des gilets jaunes qui verront, comme tout le monde, leur facture de gaz et d’électricité continuer à augmenter sans que l’État n’y puisse rien.